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Penser les fausses nouvelles, au-delà des effets de mode

Source : Conflits

Manipulation de l’information, diffusion de mensonges et d’erreurs, l’usage des fausses nouvelles n’est pas nouveau. Mais avec les technologies des réseaux sociaux et la perte du contrôle des États, cette manipulation prend une dimension beaucoup plus importante.

S’intéresser aux fake news, pour utiliser le terme anglo-saxon qui, des rédactions des journaux et autres pure players américains, a progressivement essaimé jusqu’au débat public hexagonal, revient à s’intéresser à un objet d’étude en apparence fort récent et corrélé à la montée en puissance du web et des réseaux sociaux au cours de ces dernières années. Il n’est, pour s’en convaincre, qu’à analyser la manière dont le terme s’est répandu sur le Twitter francophone depuis le tournant de la dernière décennie. En 2015, sorte de dernière année zéro du phénomène, ce dernier n’existait pas dans le langage courant ou alors de manière purement résiduelle et périphérique. Comme si avant le succès du concept de fake news en 2016, le réel tel qu’il se manifestait alors sur les réseaux sociaux numériques était parvenu à échapper aux affres de la manipulation d’information.

« Insulte, bénédiction, malédiction, tous les actes de nomination magique sont à proprement parler des prophéties prétendant à produire leur propre vérification : en tant qu’il enferme toujours une prétention plus ou moins fondée socialement à exercer un acte magique d’institution capable de faire advenir une nouvelle réalité, l’énoncé performatif réalise dans le présent des mots un effet futur. » Cet acte magique dont parle Bourdieu dans son maître-ouvrage Ce que parler veut dire ne manque pas de faire écho à cette problématique, dans la mesure où l’institutionnalisation et la popularisation du vocable ont contribué à modifier le réel. La mise à l’agenda médiatique, politique et surtout institutionnel de la thématique a fait de cette dernière un sujet éthéré et hors-sol.

Fake news et fausses nouvelles, blanc bonnet et bonnet blanc

La fascination contemporaine pour nos dispositifs de communication, de Twitter à YouTube en passant par TikTok, avec son cortège de superlatifs destinés à donner corps à l’idée de la rupture ontologique et technologique, dès lors qu’elle s’applique à la question équivoque de la manipulation de l’information, brouille les repères, les grilles de lecture et surtout les perspectives. Cette posture donne à penser que la viralité est un phénomène nécessairement contemporain, à cause de Twitter, à cause des algorithmes ou encore à cause des contenus de type clickbait, alors même que l’histoire de la presse, dans ses formes plurielles, est un rappel permanent de l’existence de cette viralité d’avant internet, pour reprendre le titre d’un ouvrage collectif de chercheurs en science de l’information et de la communication paru en juin 2020.

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Source image : JEANNE ACCORSINI/SIPA/2107071124