Source : Marianne

De ses débuts dans « A bout de souffle », de Godard, à ses plus grands succès, « Bebel » a toujours été plébiscité par le grand public qui appréciait son talent, sa gouaille et sa joie de vivre. Retour sur l’itinéraire d’un acteur gâté, qui s’est éteint ce 6 septembre à l’âge de 88 ans.

« Un gangster qui venait du Conservatoire, ça ne courait pas les rues. » Le regretté Jean Rochefort, savait de qui il parlait… Comme Jean-Pierre Marielle, Bruno Crémer et Claude Rich, Rochefort avait côtoyé le jeune Jean-Paul Belmondo dans les années 50 au Conservatoire, bien avant que le « magnifique » ne séduise le grand public dans À bout de souffle de Jean-Luc Godard. Un grand public qui allait faire de lui son chouchou dans les décennies suivantes, son « As des as »… Les premières amours du juvénile Belmondo ne concernaient pas le cinéma, mais le théâtre.

Né en 1933 dans une famille d’artistes – sa mère Sarah Rainaud-Richard est peintre, son père Paul Belmondo, sculpteur – Jean-Paul, dans son enfance et adolescence fantasme sur une carrière de sportif, mais, souffrant d’une santé fragile – il est atteint de tuberculose à l’âge de 16 ans – il décide précocement de devenir comédien. Un désir auquel ses parents ne s’opposent pas. « J’ai cultivé très tôt la liberté et l’allégresse, raconte-t-il dans Mille vies valent mieux qu’une, son autobiographie publiée en 2016 (Éditions Fayard). Peut-être parce que j’étais un enfant de la guerre, peut-être aussi parce que mes parents me les ont montrées et m’ont laissé les prendre, peut-être enfin parce que j’ai décidé que c’était de cela que ma vie serait faite. »

Ses quatre années au Conservatoire ne sont pas couronnées de succès. Et en 1956, lors du concours de sortie où il interprète un texte de Feydeau, le jury ne lui décerne qu’un accessit, ce qui lui interdit de facto l’entrée à la Comédie Française. Le public réunit dans la salle l’acclame, mais les professionnels des planches le boudent, provoquant la colère de ses camarades de promotion qui l’adorent et le portent en triomphe. « Quand Belmondo est arrivé au Conservatoire, il nous a tous foutu un coup de vieux considérable », expliquait son copain Claude Rich dans Belmondo, itinéraire…, un documentaire hommage présenté au Festival de en 2011.

Claude Rich, comme tant d’autres, était tombé amoureux du charme et de la vitalité extraordinaires de l’acteur Belmondo. Un charme et une vitalité qui allaient bientôt irrésistiblement attirer le cinéma. « Bien sûr, j’ai emprunté des chemins de traverse, raconte Jean-Paul Belmondo dans son autobiographie. J’ai dérangé les cadres, déréglé les cadrans, agacé les classiques, enchanté les modernes. De fait, il n’était pas question de m’inscrire dans la norme, elle me refusait. L’école m’a détesté et le Conservatoire n’a pas même gardé une trace de mon passage dans ses murs que j’ai ébranlés à grands coups de rire. »

Après avoir aligné quelques seconds rôles dans des films signés Marc Allégret (Un drôle de dimanche) ou Marcel Carné (Les tricheurs), Jean-Paul Belmondo voit son destin d’acteur bouleversé quand il rencontre Jean-Luc Godard, qui l’engage pour son premier long-métrage : À bout de souffle. L’humour et la vitalité. L’éloquence et la séduction canaille… Quand, en 1960, le jeune Jean-Paul, 26 ans, le sourire désarmant et la clope au bec, apparaît en gangster sur les Champs-Elysées accompagné par la sublime Jean Seberg, l’onde de choc est considérable. Encensé par la critique et par le public, le film impose la Nouvelle Vague dans le paysage culturel et révèle aux yeux du plus grand nombre un acteur épatant qui entame une longue histoire d’amour avec le public français. « Avec « A bout de souffle », a raconté Philippe Labro, qui a dirigé le comédien dans L’héritier et L’alpageuron a découvert un acteur d’un nouveau genre : le beau gosse pas beau, la gueule de travers, mais l’incarnation du charme et du naturel, comme l’avaient certains grands acteurs américains. Il était de son époque, on ne pouvait pas ne pas tomber amoureux de lui »

Au début des années 60, celui que l’Hexagone n’a pas encore surnommé familièrement « Bebel » a beau avoir déjà une carrière derrière lui sur les planches – il y a interprété Molière, Shakespeare, Racine, Musset, Anouilh – c’est donc le cinéma qui va en faire une vedette. « À bout de souffle, a scellé mon destin, racontera l’acteur. Le destin que je voulais : être un acteur qu’on désire, que les réalisateurs recherchent, que les spectateurs aiment, être plusieurs, pouvoir prendre tous les costumes, interpréter une myriade de rôles et explorer l’humanité. Et surtout, surtout, m’amuser, jouer. » Alors que ses débuts sous la férule de Godard aurait pu le métamorphoser en chef de file du cinéma d’auteur, l’acteur préfère emprunter d’autres voies, plus ludiques. Belmondo n’est pas un intellectuel et il l’assume. Il n’a pas non plus envie de devenir l’icône des metteurs en scène de la Nouvelle Vague et il l’assume aussi, même si il tournera avec Chabrol, Truffaut et de nouveau avec Godard dans Une femme est une femme et surtout dans Pierrot le fou. Le jeune acteur ignore la bienséance et plébiscite les genres du cinéma qui relèvent du divertissement : comédies, films d’aventures, de cape et d’épée… Il rêve, il ne cessera jamais de le répéter, de s’amuser et d’amuser le public.

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Source image : Collection ChristopheL via AFP