Source : Le Figaro

Une unité d’élite de l’armée a pris d’assaut le palais présidentiel dimanche matin, où résidait Alpha Condé, 83 ans, président depuis 2010.

Conakry s’est éveillée aux bruits des armes puis s’est plongée dans un silence interrogatif. « Rien n’est très clair sinon que l’on a bien affaire à une tentative de coup d’État », résumait prudemment, dimanche après-midi, un diplomate occidental. Les informations contradictoires circulaient sur le renversement du président guinéen Alpha Condé. « Tout est sous contrôle. La situation ne nous échappe pas », assurait étrangement ainsi une source au ministère de la Défense.

Seulement il y a cette vidéo, diffusée par WhatsApp, qui montre le président en état d’arrestation. ­Assis sur un canapé, en jean, pieds nus, une chemise débraillée, Alpha Condé semble interdit. Autour de lui, des militaires, cagoulés et en tenue de combat s’agitent. « Est-ce que l’on a touché un seul de vos cheveux ? On vous a brutalisé, excellence ? », interroge l’un des soldats. Le président ne répond pas. « Vous pouvez m’expliquer ? », glisse-t-il seulement, avec un mépris agacé. Quelques minutes plus tard, le colonel Mamady Doumbouya, chef du Groupement des forces spéciales (GPS), revendique la prise du pouvoir. Là encore dans une vidéo mise sur internet, lunettes noires et béret rouge de rigueur, l’officier assure, depuis le palais présidentiel, que « la situation socio-économique du pays et l’instrumentalisation de la justice et le piétinement des droits des citoyens » ont « amené l’armée républicaine (…) à prendre ses responsabilités vis-à-vis du peuple de Guinée ». Celui qui ressemble fort au nouveau maître du pays, à l’issue d’une prise de pouvoir des plus classiques, a annoncé la « suspension de la Constitution »« la dissolution du gouvernement et des institutions », visiblement remplacé par un « Comité national du rassemblement et du développement », le CNRD. Il a également annoncé la fermeture des frontières terrestres et aériennes du pays ainsi que l’instauration d’un couvre-feu « jusqu’à nouvel ordre ».

En fin d’après-midi, le colonel Doumbouya, un drapeau guinéen sur les épaules, a repris la parole, à la télévision nationale cette fois, pour expliquer une nouvelle fois le coup de force. Tous les gouverneurs et préfets ont été remplacés par des militaires dans les régions et les ministres sortants et présidents des institutions sont convoqués à une réunion lundi matin. «Tout refus de se présenter sera considéré comme une rébellion», a déclaré le groupe d’officiers en treillis et béret. « Ils cherchent maintenant à obtenir la démission d’Alpha Condé comme l’ont fait les putschistes maliens il y a un an », assure un haut responsable de l’opposition.

Après cette déclaration télévisée, des scènes de liesse ont éclaté dans plusieurs quartiers de la capitale réputés acquis à l’opposition et régulièrement victimes ces dernières années de répression. Dimanche soir, Paris a « condamné la tentative de prise de pouvoir par la force » et a appellé à « la libération immédiate et sans condition du président (Alpha) Condé ».

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Source image : CELLOU BINANI / AFP