Source : France Info

Pannes d’électricité, essence introuvable, prix du pain qui bondit… Des Libanais racontent à franceinfo un quotidien difficile dans un pays où tout vient à manquer.

Une fois par semaine, à Beyrouth, Nabil se lève aux aurores. Avant de rejoindre son bureau, à 15 km de chez lui, qu’il ne peut rallier qu’en voiture, l’éditeur de 29 ans se lance à la recherche de carburant. Depuis quelques mois, l’essence s’est ajoutée à la longue liste des produits dont les Libanais manquent cruellement.

Alors que le Liban traverse une grave crise économique et humanitaire, la Banque centrale libanaise a décidé de lever progressivement les subventions sur plusieurs produits de base. La mesure a fait bondir les prix des carburants, rendant quasiment impossible l’accès à ce précieux liquide dans le pays. Des Libanais ont raconté à franceinfo leur quotidien bouleversé par ces pénuries en série.

« C’est devenu un enfer », confie Nabil à franceinfo. Dans sa quête d’essence, mardi, le jeune homme tombe d’abord sur une station-service fermée. Puis une autre à sec. Une file d’attente interminable se dresse devant la troisième. Le scénario se répète ainsi toute la journée. Au total, il passe sept heures dans sa voiture pour récolter une vingtaine de litres de carburant. Il en rate sa journée de travail, mais au moins il pourra se rendre au bureau les autres jours de la semaine.

Dans son appartement de la capitale libanaise, Lara, publicitaire de 54 ans, se lève tôt, elle aussi, mais pour ne pas rater les deux heures quotidiennes d’électricité. Depuis l’augmentation foudroyante des prix et la pénurie de carburant, le générateur de son fournisseur privé, alimenté au fioul, assure aléatoirement l’accès au courant dans son quartier.

« Tout notre budget passe dans l’essence »

« L’électricité peut sauter à tout moment, on apprend à vivre avec, se désole la quinquagénaire. On évite d’appeler ou de consulter trop longtemps nos réseaux sociaux. On garde nos batteries pour les urgences. » Pour recharger les téléphones, sa famille et elle les branchent dans leur voiture. « On ne peut pas se passer de voiture, alors tout notre budget passe dans l’essence qu’on y met », déplore-t-elle.

Sa mère, rescapée de l’explosion qui a dévasté Beyrouth le 4 août 2020, après « 1 500 points de suture », a besoin chaque nuit d’un respirateur, dont le bon fonctionnement n’est plus garanti à cause des coupures de courant. « Elle souffre d’apnée du sommeil et peut en mourir, mais nous, on est impuissants face à cela. On ne peut que s’inquiéter », explique Lara. Le logement de la famille a été détruit par l’explosion du port de Beyrouth et des travaux y sont toujours en cours.

La cadre reçoit désormais son salaire en livres libanaises, parce que son entreprise, comme de nombreuses autres, est à court de devises étrangères. « Notre pouvoir d’achat chute totalement, s’exclame la mère de famille. Les prix explosent. On ne peut plus faire face à nos besoins quotidiens et on doit renoncer à toutes les choses qui nous font plaisir. »

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