Source : L’Express

La victoire des talibans a été concédée par le président afghan dimanche, laissant le mouvement islamiste prendre le pouvoir dans le pays et y imposer sa loi.

C’est un tournant dans l’Histoire du pays. Après 20 ans de guerre en Afghanistan, les talibans ont pris le pouvoir et sont entrés à Kaboul dimanche, ne laissant d’autre choix au président en place, Ashraf Ghani que de fuir le pays et déclarer sa défaite face au groupe islamiste. Un changement radical en termes de politique, qui a des conséquences inévitables sur le quotidien des Afghans.  

Si nombre d’entre eux, et notamment ceux qui ont collaboré avec les pays étrangers comme la France ou les Etats-Unis, tentent de migrer en dehors du pays pour échapper à la domination talibane, beaucoup d’habitants sont déjà exposés aux lois islamistes restrictives de libertés dans certains territoires pris par le groupe depuis mai et le début du retrait des troupes américaines.

Il y souffle comme un vent venu des années 90, quand, entre 1996 et 2001, les talibans régnaient déjà sur l’Afghanistan et y imposaient la charia. Aujourd’hui, le programme politique est clair et a été rappelé aux journalistes américains à Kaboul, rapporte la correspondante Laurence Haïm : interdiction d’avorter, mariage homosexuel interdit, rejet de la science, pas de vaccin – ce qui fait craindre le retour de la polio dans le pays -, pas de séparation de l’Eglise et de l’Etat, et la religion enseignée dans les écoles. 

L’éducation en danger

Plusieurs régions déjà sous emprise du mouvement islamiste témoignent de ce qui sera sans doute appliqué à l’ensemble du territoire afghan. « Des centaines d’écoles ferment dans les zones administrées par les talibans. Un grand changement se profile, ils vont s’orienter vers des écoles coraniques », raconte ainsi à Ouest-France Victoria Fontan, rectrice de l’Université américaine d’Afghanistan et spécialisée dans l’éducation, dans des pays en crise. Selon elle, « non, les talibans n’ont pas changé de visage. Ils sont encore plus féroces. L’un de leur moteur, c’est la fracture sociale qui scinde la société afghane en deux. »  

Même si le groupe islamiste a déclaré qu’il n’était plus opposé à l’éducation des filles, la crainte est grande pour les défenseurs des droits des femmes que l’éducation des femmes soit une fois de plus complètement refusée. « Je sais que les talibans ne permettront pas aux filles d’étudier à l’école, affirme à la BBC Shahla, enseignante à l’université de Kaboul. Même maintenant, quand ils prennent le contrôle d’un district, la première chose qu’ils font est de fermer les écoles de filles. » 

Au vu de la situation, il est compliqué d’avoir une vision claire de ce qu’il se passe dans les zones contrôlées par les talibans. Mais on sait que « dans certains endroits, les filles sont autorisées à aller à l’école jusqu’à l’âge de 7 ans, mais pas au-delà », explique Martine van Bijlert, membre de l’Afghan Analyst Network dans son rapport sur les femmes afghanes relayé par franceinfo.  

En mai dernier, le président afghan Ashraf Ghani, désormais en exil, a accusé les talibans d’avoir perpétré une attaque contre une école de jeunes filles à Kaboul, tuant plus de 50 personnes, dont une majorité de lycéennes. De leur côté, les talibans ont nié toute implication, affirmant ne pas avoir commis d’attentats à Kaboul depuis février 2020. 

Les droits des femmes bafoués

Ce démenti ne rassure toutefois pas les femmes présentes sur place, dont plusieurs ont manifesté leur crainte, les armes à la main, début juillet à Kaboul. « Il y avait des femmes qui voulaient juste inspirer les forces de sécurité, juste symboliquement, mais beaucoup d’autres étaient prêtes à aller sur les champs de bataille », contre les talibans a raconté au Guardian Halima Parastish, cheffe de la direction des femmes à Ghor et l’une des marcheuses.  

Car elles ne sont pas dupes. A Kaboul, avant l’arrivée inévitable des talibans dans la capitale, des affiches représentant des femmes étaient repeintes dans les rues, selon une image capturée par Lotfullah Najafizada, directeur de TOLOnews TV, première chaîne d’information en Afghanistan. 

🔗 Lire l’article complet

Source image : AFP