Source : La Libre

Face à la progression du variant Delta, les virologues se font entendre de plus belle. Mais ils ne se limitent plus à la crise du coronavirus… Certains d’entre eux useraient-ils de leur notoriété pour faire avancer un agenda tout autre ?

Un texte de Laurent Hermoye, docteur en sciences médicales, directeur d’Imagilys, enseignant à l’Ichec.

« C’est le début d’une croissance exponentielle » avertissait le virologue Emmanuel André ce 10 juillet sur Twitter. Quelques heures plus tard, l’expert publiait un tweet sans aucun rapport avec la pandémie. Il y relativisait les potentielles tentatives d’ingérence des Frères Musulmans dans la politique belge, mis en évidence par les services de renseignement. Et soulignait au passage : « j’espère que le gouvernement n’a pas utilisé les renseignements dans un but de décrédibilisation ciblée et opportuniste. Car de telles pratiques sont celles qui caractérisent les pires régimes (qu’ils soient d’extrême droite, d’extrême gauche ou intégristes religieux) ». Un commentaire discutable de la part de l’ancien porte-parole du gouvernement dans la lutte contre le Covid.

Le Professeur Marc Van Ranst, collègue d’Emmanuel André à la KU Leuven, use des mêmes techniques. Omniprésent sur les réseaux sociaux, il n’hésite pas à provoquer. On se souvient de la cavale rocambolesque du militaire radicalisé Jürgen Conings, qui avait émis des menaces contre lui. Une cavale pendant laquelle l’universitaire, placé sous protection policière, avait multiplié les tweets en tout genre, se prétendant victime d’un complot attisé par les partis nationalistes flamands.

Pouvoir de la peur

Il y a plus de 2.000 ans, le philosophe Aristote nous apprenait que la persuasion était basée sur trois piliers : la crédibilité (ethos), les émotions (pathos) et le raisonnement logique (logos).

Les virologues ont accumulé une crédibilité considérable pendant la pandémie. Ils sont passés, quasi du jour au lendemain, de leur sombre laboratoire à la lumière des projecteurs. Ils ont acquis un réel pouvoir. Emmanuel André et Marc Van Ranst comptent respectivement 19.000 et 134.000 abonnés sur Twitter. Leurs tweets sont relayés dans l’heure par certains médias. De plus, ils peuvent bénéficier d’un effet de halo, un biais cognitif qui leur confère de la crédibilité même en dehors de leur champ d’expertise.

Le climat anxiogène de la pandémie est propice à la diffusion d’idées, voire à des changements structurels de la société. La peur est une émotion qui peut déplacer des montagnes. Et l’autorité scientifique dont ils disposent les fait apparaître comme de véritables sauveurs.

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