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L’affaire Mila

À l’occasion du jugement rendu il y a quelques jours dans l’affaire Mila, nous avons décidé de revenir sur celle-ci.

Le 18 janvier 2020, Mila, une adolescente de 16 ans, critique l’islam de manière virulente sur Instagram. Elle venait de refuser les avances d’un internaute, qui dès lors l’accusait de racisme et se montrait insultant contre les lesbiennes. Mila affirme « rejeter toutes les religions » et n’être « pas du tout raciste, puisqu’on ne peut pas être raciste envers une religion ».


Elle publie par la suite une vidéo n’étant censée rester visible que 24 heures, une « story », où elle critique et insulte l’islam : « Je déteste la religion. […] Le Coran il n’y a que de la haine là-dedans, l’islam c’est de la merde. […] J’ai dit ce que j’en pensais, vous n’allez pas me le faire regretter. Il y a encore des gens qui vont s’exciter, j’en ai clairement rien à foutre, je dis ce que je veux, ce que je pense. Votre religion, c’est de la merde, votre Dieu, je lui mets un doigt dans le trou du cul. Merci, au revoir ».


Alors que la vidéo dans laquelle elle critique et insulte l’islam devient virale sur les réseaux sociaux, ses propos sont considérés par certains internautes comme dénigrants et elle est l’objet de dizaines de milliers de messages homophobes, misogynes et d’appels à la violence, au viol et au meurtre. Cette situation l’oblige à se déscolariser et à s’isoler à son domicile, où elle est placée sous protection judiciaire.


Au fil des jours, l’affaire prend une tournure nationale et provoque de nombreuses réactions au sein des sphères politiques, médiatiques et religieuses, notamment sur les questions d’islamophobie, de droit au blasphème, et de liberté d’expression, au sein de la société française. En parallèle, deux enquêtes judiciaires sont ouvertes : l’une contre Mila pour incitation à la haine raciale — rapidement classée sans suite — et l’autre concernant le harcèlement et les menaces de mort dont elle a fait l’objet.


L’affaire est relancée en novembre 2020 avec de nouvelles menaces de mort proférées à l’encontre de l’adolescente, à la suite d’une nouvelle vidéo.


En mars 2021, le compte Twitter de Mila est brièvement suspendu pour « harcèlement » après ses réponses à des milliers d’insultes provoquées par une campagne concertée de cyberharcèlement faisant suite à un dessin de maternelle qu’elle avait posté. Devant l’émotion suscitée et sous le feu des critiques, le réseau social revient sur sa décision et reconnaît « une erreur ».


Une enquête réalisée par l’IFOP du 1er au 3 février 2020 indique que Mila est soutenue par 53 % des Français, le soutien étant plus marqué dans les milieux socioéconomiques élevés. L’enquête montre cependant que les sondés hostiles au droit au blasphème (même si celui-ci est exprimé de manière outrageante) sont aussi nombreux que ceux qui y sont favorables.
Aujourd’hui encore, Mila vit recluse dans son appartement, sous protection judiciaire et doit se camoufler pour sortir en rue.